BIG PHARMA
Le renouveau des Big Pharmas est toujours d’actualité!… Revenons pendant quelques lignes sur l'industrie pharmaceutique. L’extraordinaire rentabilité financière de ce secteur sur les cinq dernières décennies était basée sur la création de nouveaux brevets exploités dans un médicament spécifique. Avec ces brevets, les firmes commercialisent des produits sans grande concurrence et peuvent imposer un prix et des marges ultra-profitables. Mais lorsque le brevet tombe dans le domaine public, c’est la fin de la « poule aux œufs d’or ». Qu’advient-il alors?
Pour éclairer cette situation voici un exemple édifiant : le Plavix, l'anticoagulant phare de SANOFI. Il est essentiellement fabriqué en Gironde et son principe actif à Sisteron (A.H.P).
Le leader mondial de la fabrication du Plavix est SANOFI (Sanofi-Aventis). Cette firme aux dimensions internationales a profité pendant 10 ans de son brevet sans aucune concurrence et a pu imposer un prix et des marges ultra-profitables, comme tous les autres acteurs du secteur.
Ainsi, pendant presque10 ans, le Plavix a inondé le marché, pour un chiffre d'affaires de 7 milliards/an dans le monde dont 4,8 milliards de dollars aux États-Unis... Une véritable machine à cash qui ne peut faire qu’attirer les convoitises. D'autant que le Plavix était alors le 2ème médicament le plus vendu dans le monde et la deuxième source de revenus pour l’entreprise SANOFI.
Alors, profitant d’une faille dans le mécanisme de protection des brevets, des concurrents de SANOFI sont apparus sur le marché avec des génériques avant l’expiration du brevet du Plavix. Les conséquences pour Sanofi sont lourdes. Le Plavix, qui coûtait plus de 50 euros, fut alors concurrencé par des copies légales vendues autour de 30 euros en France, un véritable coup dur. Surtout que ce médicament est vendu moins de 3 euros ailleurs en Europe…..
C'est alors que SANOFI s'est lancé dans un combat sans pitié. Plusieurs mois durant, le groupe va s'appliquer à dénigrer copieusement les génériques auprès des prescripteurs. Cette manœuvre fut condamnée par l'Autorité de la concurrence en 2013, qui infligera une amende de 40 millions de dollars à SANOFI.
Bilan des courses : la part de marché du Plavix est tombée d’environ 90% en 6 ou 7 semaines seulement. Un manque à gagner de plus de 6,5 milliards de dollars par an, de quoi faire vaciller ce géant industriel qu’est SANOFI.
Mais la firme SANOFI n'est pas un cas isolé, bien au contraire, et la fin de l'âge d'or des Big Pharmas est annoncée. Pourquoi?
Ce qu'il faut comprendre par ce petit exemple, c'est que l'industrie pharmaceutique a développé dans les années 90 le modèle du « blockbuster », autrement dit : la poule aux œufs d’or. Ce modèle a généré des chiffres d'affaires spectaculaires : environ 800 milliards de dollars en 2009 pour progresser jusqu'à 1 000 milliards en 2013 et une croissance qui devrait progresser encore de 3% à 6% d'ici 2015.
Mais, malgré ces chiffres impressionnants, les nuages s’accumulent très rapidement, l'expiration des principaux brevets, supports des blockbusters, cause des pertes considérables pour les Big Pharmas. L’arrivée des génériques depuis 2000 capte un nombre toujours plus grand des ventes. On estime qu’environ 1 000 milliards de dollars seraient passés des Big Pharmas aux fabricants de génériques depuis 2000. Un véritable gouffre financier... à colmater de toute urgence par les grandes firmes pharmaceutique sous peine de graves difficultés financières.
Plavix, mais aussi Lipitor du laboratoire PFIZER (juin 2011), Viagra de chez BAYER (mars 2012), et bientôt le Doliprane, encore SANOFI, sont visés par cette nouvelle donne commerciale. Chaque gros laboratoire a déjà vu des dizaines de blockbusters tomber dans le domaine public ces cinq dernières années et ils doivent impérativement « réduire la voilure » par des licenciements massifs et des économies de fonctionnement. Fini les réceptions, fini les voyages, fini les embauches de commerciaux démesurées, fini les investissements dans des cathédrales monumentales. Il devient urgent de revenir à des dimensions économiques acceptables pour perdurer dans ce marché devenu enfin concurrentiel. La poule aux œufs d’or semble mourir à petit feu sous les coups de boutoir de fabricants délocalisés. Le monde de la finance chapeautant le milieu dirige toujours. Il privilégiera d’abord les dividendes pour les actionnaires avant les intérêts du citoyen.
Pourtant, les Big Pharmas sont avides de Recherche & Développement afin de trouver de nouveaux blockbusters mais sans réussite. Ils ont atteins un plateau dans la recherche. La situation que nous vivons actuellement est inédite, pour la simple et bonne raison que les médicaments les plus courants, les plus utiles et les moins chers à produire sont déjà en vente ! Aujourd'hui, l'industrie pharmaceutique doit trouver de nouveaux débouchés et les laboratoires qui planchent sur les vaccins contre le SIDA ou la schizophrénie sont rares. Qui plus est, il ressort que les blockbusters ne seraient efficaces que pour moins de la moitié des patients... quand ils ne sont pas de vraies bombes sanitaires. Je vous rappelle l’affaire du Mediator entre autres. C'est donc une véritable remise en question économique et commerciale que doivent affronter les Big Pharmas…
Trou d’air des brevets... concurrence des génériques... plateau dans la recherche... les Big Pharmas traversent une période terrible. Et ça risque de durer longtemps…
Aujourd’hui, on assiste à un florilège de tours de passe-passe pour donner le change. De la communication outrageuse sur des pseudo médicaments nouveaux, qui ne sont en vérité que des copies légèrement modifiées de médicaments existants, en passant par des explosions de budget des campagnes marketing et même en portant des litiges d’illuminés devant les tribunaux pour gagner du temps, toutes les techniques sont bonnes.
Une autre maladie touche aussi ce secteur : le soutien des pouvoirs publics à grand coup de subventions s’effiloche. L’État français ne peut plus financer la recherche comme il le faisait et s’est même engagé à réduire les dépenses publiques tous azimuts. La crise mon pauvre Monsieur, la crise je vous le dis !…. Il n’y a pas de petites économies….
Il faut dire que la Sécurité Sociale est un gouffre qui a encore englouti 16,2 milliards d'euros en 2013, un chiffre qui devrait être ramené à 12,8 milliards en 2014. Les génériques sont, là encore, la solution pour réaliser en 2014 1 milliard d'euros d'économies grâce à la baisse du prix des médicaments en continuant la généralisation des génériques.
Le calcul est vite fait : lorsque le Plavix est passé dans le domaine public, la Sécu a économisé 150 à 200 millions d'euros en 2010. Le passage du princeps au générique fait baisser de 30% en moyenne le coût d’un traitement, dont la création du "TPCG" (Tiers Payant Contre Générique), pour encourager les consommateurs à utiliser des génériques plutôt que des princeps sous peine de ne pas pouvoir bénéficier du tiers payant. SANOFI a lancé en fin 2009 son propre générique, le Clodipogrel dans le but de minimiser ses pertes. Cette tactique aura eu pour effet de ralentir la restructuration de ses entreprises.
Vous le comprenez, les Big Pharmas sont contraintes de repenser entièrement leur stratégie, d'inventer de nouveaux modèles de business plans. Miser sur la diversification, sur des plans sociaux, sur le rachat de laboratoires ou sur l'ouverture vers de nouveaux marchés, trouver de nouveaux relais de croissance pour cette l'industrie aux abois ? Peut-être, mais l’industrie chimique, cousine de l’industrie pharmaceutique, est aussi attaquée par les nouvelles réglementations sur les pesticides. La chimie n’est plus en odeur de sainteté. Le travail de nombreuses associations porte petit à petit ses fruits, sûrement grâce au web. Le monde change!!! Lecteur sachant lire je vous salue bien …
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